NEWSLETTER     MON COMPTE  
OK
 
VOIR TOUS LES ARTISTES

Europe  > Corse (france) > A Filetta



// A Filetta Ecouter les albums de A Filetta


A Filetta
© D.R.

Portrait de: A Filetta

 

 

Sur les hauteurs de Calvi, au cœur de la citadelle, hommes et femmes venus de toute la ville se sont rassemblés au pied de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste pour participer à une nouvelle soirée des rencontres polyphoniques. Dans la foule qui serpente le long de la ruelle, un petit groupe se met spontanément à chanter pour tuer le temps qui les sépare de l’ouverture des portes. Les voix s’élèvent, harmonieuses, désinhibées, signe d’une véritable culture du chant partagé. Jean-Claude Acquaviva, leader d’A Filetta, témoigne : "En Corse, jusqu’aux années 20, le chant accompagnait des rituels, des travaux. Il y avait le chant du paquetage du blé, celui du labour, ils rythmaient la vie paysanne mais, les campagnes se dépeuplant, ils n’ont plus eu de raison d’être. Aujourd’hui, cette musique s’est déplacée, elle est chantée dans des cours de récréation, au collège ou au lycée, et il y a un renouveau des confréries de laïcs en relation avec la parole de l’église. Ce n’est plus le reflet direct d’une activité économique mais c’est resté socialement quelque chose de très fort". Le soir, après dîner, dans les bars et les auberges, il n’est pas rare non plus d’entendre les chanteurs se répondre de table en table.

 

Depuis la fin des années 70, A Filetta et quelques autres groupes ont largement aidé à poursuivre ces traditions et à les faire évoluer avec le temps et les gens qui passent. "Il est illusoire de penser restaurer un patrimoine en le coupant du reste du monde. La tradition n’a de sens que dans la mesure où elle continue à refléter un peuple qui vit et avance. Et ce peuple vit et avance parce qu’il est en contact avec d’autres peuples, d’autres musiques." C’est dans cet état d’esprit que le groupe et son association U Svegliu Calvese ont conçu cette manifestation, en imitant les rassemblements des chants populaires sardes, mais en l’ouvrant aux autres chanteurs de la Méditerranée, puis à ceux du reste du monde. Depuis 89, ils ont reçu des artistes des cinq continents, se découvrant des familiarités inattendues avec les chants de Géorgie, d’Albanie ou d’Afrique du Sud.Chaque soir, pendant ce festival, A Filetta introduit les spectacles par un chant. Disposés en demi-cercle, vêtus de chemises noires, perpétuant une gestuelle célèbre, les sept chanteurs harmonisent leurs voix, portant la main à l’oreille pour ne pas être perturbés par la partie vocale du voisin. Du 12 au 16 septembre dernier, ils ont ainsi préludé les spectacles de Julia Sarr et Patrick Larose, de Rassegna, des Mahotella Queens, d’Aïcha Redouane ou de Faiz Ali Faiz. Et en ces temps troublés, la résonance magnifique des chants soufis de ce dernier dans un lieu de culte chrétien est un symbole fort et porteur d’espoir. Jean-Claude Acquaviva confirme : "Nous sommes portés sur le répertoire religieux, mais au sens premier, c’est-à-dire qui relie. Le sentiment d’appartenance à une communauté fait partie de notre façon de penser la musique, de la développer dans nos créations et nos rapports avec les autres musiciens, mais loin des dogmes, car si l’on rentre là-dedans, on nie toute forme d’ouverture." Cette ouverture ne s’exerce pas seulement en directions des cultures les plus lointaines.

 

En 1995, la rencontre avec un homme de théâtre breton devait modifier le cours de l’histoire des chanteurs. Après un concert, le metteur en scène Jean-Yves Lazennec vient les trouver, s’enthousiasmant à l’idée que leur chœur d’hommes pouvait être la réminiscence des chœurs antiques. L’idée fait son chemin, ils décident de travailler ensemble sur une adaptation du Médée de Sénèque. Jean-Claude Acquaviva traduit le livret du latin au corse et, en novembre 97, A Filetta présente Médéa, mis en scène par Lazennec. En quatre actes et en vers, l’histoire de la terrible vengeance d’une femme trahie par son époux offre à l’ensemble polyphonique un souffle au long cours, une ouverture sur le monde de l’écrit. Medea est d’autant plus un tournant pour le groupe, que c’est à l’occasion de sa première qu’ils font la connaissance du compositeur Bruno Coulais. Ensemble, ils créent notamment un opéra pour enfants, des musiques de films (Don Juan, Himalaya, Le Peuple Migrateur…) et, récemment, une adaptation de l’histoire de Marco Polo sur un texte d’Orlando Forioso, présenté pour la première fois l’hiver dernier en Corse et à Venise. Et le présent est fait de projets, avec Bruno Coulais, pour une rencontre avec un quartet bulgare ; ou sans lui, en octobre, A Filetta a suivi une résidence avec des jazzmen. De quoi enrichir encore plus l’horizon de l’île de beauté.



Benjamin MiNiMuM




Réagir   

Share to Facebook Share to Twitter Stumble It Email This More...






// LIRE AUSSI

Mondomix sur
Twitter

Facebook

Google Maps



PUBLICITÉ



Les blogs
Mondomix


TOUS LES BLOGS










Recherche par continent


Recherche par nom




mondomix.com Musiques et cultures dans le Monde. Magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète

Pour que l'aventure Mondomix continue, partagez-la encore plus avec nous.

Soutenez Mondomix